{"id":22,"date":"2019-05-30T18:32:37","date_gmt":"2019-05-30T16:32:37","guid":{"rendered":"http:\/\/etatsdefames.fr\/?p=22"},"modified":"2019-05-31T14:51:36","modified_gmt":"2019-05-31T12:51:36","slug":"blabla","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/etatsdefames.fr\/?p=22","title":{"rendered":"Elodie"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab\u00a0Toute personne de sexe f\u00e9minin na\u00eet dans un monde  dans lequel cela signifie d\u00e9j\u00e0 quelque chose d\u2019\u00eatre une femme.\u00a0\u00bb <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">J&rsquo;\u00e9tais  plong\u00e9e dans la lecture du livre de la philosophe Manon Garcia, On ne  na\u00eet pas soumise, on le devient et cette phrase m\u2019a coup\u00e9 le souffle.  Elle parachevait l\u2019\u00e9mergence d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 qui sonnait \u00e0 ma porte  plusieurs mois\u00a0: j\u2019avais int\u00e9rioris\u00e9 la soumission comme \u00e9l\u00e9ment  constitutif de ma f\u00e9minit\u00e9 et je m\u2019y conformais depuis des ann\u00e9es sans  le voir.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9  mes \u00e9tudes, malgr\u00e9 mes lectures, malgr\u00e9 mes col\u00e8res, malgr\u00e9 mon  \u00e9ducation, malgr\u00e9 ma vigilance, mes actes quotidiens entraient en  contradiction totale avec l\u2019id\u00e9e que je me faisais de moi en tant que  femme \u2013 libre, ind\u00e9pendante, insoumise et f\u00e9ministe &#8211; \u00a0et je me mentais  avec une facilit\u00e9 d\u00e9concertante sur la r\u00e9alit\u00e9 de ma situation.<\/p>\n\n\n\n<p>\nJ\u2019ai depuis entrepris de relever les preuves de mon mensonge&nbsp;:\n\n<\/p>\n\n\n\n<ul><li>Revendiquer  \u00e0 qui veut l\u2019entendre mon incomp\u00e9tence en cuisine. L\u00e0 o\u00f9 j\u2019ai longtemps  cru faire preuve de mon insoumission, je r\u00e9alise que je n\u2019ai fait que  renforcer l\u2019id\u00e9e qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un domaine de comp\u00e9tence  intrins\u00e8quement f\u00e9minin en proclamant m\u2019en distinguer. Ce que je disais  entre les lignes en fait, c\u2019est \u00ab\u00a0oui je suis une femme mais je ne suis  pas comme toutes les autres, car, \u00e9tonnamment, je ne sais pas  cuisiner\u00a0\u00bb. Pour faire simple, j\u2019ai tir\u00e9 une balle dans le pied de la  cause f\u00e9minine. Cela fonctionne aussi avec \u00ab\u00a0je d\u00e9teste le shopping\u00a0\u00bb.\u00a0;    <\/li><li> Implorer  le mariage \u00e0 mon conjoint et attendre qu\u2019il m\u2019en fasse la demande. Pour  faire dispara\u00eetre mon nom au profit de celui d\u2019un autre et y dissoudre  mon identit\u00e9. Comme si je portais un nom provisoire en attendant mieux,  en attendant celui qui me donnerait une identit\u00e9 compl\u00e8te et d\u00e9finitive  et que je serais fi\u00e8re de d\u00e9ployer de tout son long au bas d\u2019un ch\u00e8que  ou d\u2019\u00e9peler en prenant soin d\u2019en d\u00e9tacher amoureusement chaque lettre.  <\/li><li>Consacrer  chaque mois du temps personnel \u00e0 l\u2019entreprise de mon conjoint pour lui  \u00e9pargner les corv\u00e9es administratives, en plus d\u2019un emploi \u00e0 temps plein  et en d\u00e9pit de ma fatigue, alors que j\u2019\u00e9tais toute jeune m\u00e8re. Le  pauvre, en tant qu\u2019homme, il ne pouvait pas en comprendre une ligne et  puis, il avait mieux \u00e0 faire, des choses importantes, et il travaillait  tellement\u2026\u00a0;    <\/li><li>Prendre  en charge l\u2019aspect social du couple\u00a0: souhaiter les anniversaires \u00e0  chacun des membres de ma belle-famille en nos deux noms, \u00e0 No\u00ebl courir  les boutiques pour faire les cadeaux de chacun, y compris du fr\u00e8re de  mon conjoint, de sa femme et de leurs enfants, r\u00e9pondre aux coups de fil  lorsqu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas d\u2019humeur et \u00eatre l\u2019interm\u00e9diaire quand il avait  un message \u00e0 passer \u00e0 sa famille et vice-versa\u00a0;     <\/li><li>Prendre  et assurer tous les rendez-vous m\u00e9dicaux de notre fils depuis sa  naissance, faire les d\u00e9marches pour trouver une nounou, seule, et chaque  mois, lui d\u00e9clarer et lui verser son salaire. Idem ensuite pour l\u2019\u00e9cole  : g\u00e9rer l\u2019inscription et tout l\u2019administratif r\u00e9current (cantine et  garderie). Veiller \u00e0 ce que sa garde-robe soit toujours \u00e0 jour  (v\u00eatements de saison, \u00e0 sa taille et en bon \u00e9tat) quand son p\u00e8re lui  ach\u00e8te de temps en temps un accessoire (casquette, chaussures etc) par  plaisir et non par n\u00e9cessit\u00e9. <\/li><li> Assurer  quotidiennement seule \u2013 ou presque &#8211; \u00a0tout ce qui rel\u00e8ve du soin \u00e0 un  nourrisson (bain, nourriture, change, coucher) quand son p\u00e8re faisait  quelques apparitions remarquables pour les jeux et le faire rire. Voir  les autres s\u2019\u00e9mouvoir de son r\u00f4le de p\u00e8re et ne pas entendre un seul mot  sur le mien. Comme si cette r\u00e9partition in\u00e9gale allait de soi.\u00a0 Me  sentir invisible.<\/li><li> Etre  le r\u00e9f\u00e9rent principal de notre fils \u00ab\u00a0par d\u00e9faut\u00a0\u00bb (je p\u00e8se mes mots  quant au choix de cette locution). C\u2019est-\u00e0-dire, qu\u2019il \u00e9tait visiblement  tacitement convenu qu\u2019il passe tout son temps avec moi et lorsque  j\u2019avais besoin d\u2019avoir un temps seule (pour un rendez-vous, pour faire  du sport ou pour passer un moment avec des amies), je devais organiser  ce temps \u00e0 l\u2019avance l\u00e0 o\u00f9 son p\u00e8re disposait de tout son temps comme bon  le lui semblait, l\u00e0 aussi par d\u00e9faut et sans que nous ne nous soyons  accord\u00e9s au pr\u00e9alable.<\/li><li>Dans  le m\u00eame ordre id\u00e9e, \u00eatre celle dont on remarque l\u2019absence et \u00e0 qui on  fait (implicitement) le reproche d\u2019\u00eatre moins pr\u00e9sente aupr\u00e8s de notre  fils parce que j\u2019occupe un poste qui m\u2019\u00e9loigne d\u00e9sormais plus longtemps  de la maison. M\u2019entendre dire qu\u2019il m\u2019a r\u00e9clam\u00e9e et que je semble lui  manquer. Et moi, \u00e0 ces mots, tenir, ne rien dire, rester debout malgr\u00e9  tout et sentir mon c\u0153ur se dissoudre et la culpabilit\u00e9 m\u2019\u00e9craser.  Pendant les trois premi\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, son p\u00e8re, accapar\u00e9 par son  entreprise et pour d\u2019autres raisons encore, partait tr\u00e8s t\u00f4t, rentrait  tr\u00e8s tard et s\u2019isolait beaucoup. Tout le monde le savait. Personne ne  lui en a jamais fait le moindre reproche, au contraire, on le plaignait  avec force ;<\/li><li>Le  matin, me questionner sur la longueur de ma robe, les commentaires et  les regards qu\u2019elle pourrait susciter. Changer plusieurs fois de  v\u00eatements, ne plus m\u2019habiller pour moi mais en fonction du regard des  autres. Savoir, d\u00e8s l\u2019adolescence, que mon corps n\u2019est pas un corps v\u00e9cu  pour moi, comme dit Manon Garcia, mais un corps social, un  interm\u00e9diaire entre moi et les autres et dont on me d\u00e9poss\u00e8de \u00e0 chaque  fois qu\u2019on le juge sur ses manques ou ses exc\u00e8s (de poids, de  maquillage, de formes, de v\u00eatements etc) ; <\/li><li>Rougir encore, \u00e0 33 ans. Je ne me souviens pas avoir vu un homme (adulte) rougir par g\u00eane ou honte.<\/li><li>Me taire ou rire aux blagues sexistes.<\/li><li>Sourire  et afficher une humeur constante, quoi qu\u2019il arrive. Contenir mes  col\u00e8res. Un homme en col\u00e8re, c\u2019est quelqu\u2019un de conviction. Une femme en  col\u00e8re, c\u2019est une hyst\u00e9rique qui ne contr\u00f4le pas ses \u00e9motions.<\/li><li>Renoncer \u00e0 partir seule, ne serait-ce que marcher en for\u00eat, par appr\u00e9hension du danger, par crainte d\u2019\u00eatre une proie.<\/li><li>Avoir  si bien int\u00e9gr\u00e9 le sens du sacrifice, de la quasi-d\u00e9votion \u00e0 un homme,  que j\u2019ai \u0153uvr\u00e9 \u00e0 son salut pendant trois ans en oubliant le mien et tout  \u00e7a, sans qu\u2019il ne me le demande explicitement. Jamais. <\/li><\/ul>\n\n\n\n<p> D\u2019ailleurs,  personne ne m\u2019a jamais demand\u00e9 de prendre en charge la plupart des  points de cette liste. Je l\u2019ai fait, spontan\u00e9ment, comme j\u2019avais vu le  faire d\u2019autres femmes avant moi. Je m\u2019y suis soumise, sans questionner,  sans remettre en cause une sorte d\u2019ordre \u00e9tabli. Et la liste pourrait  \u00eatre encore longue. <\/p>\n\n\n\n<p>\nD\u00e9construire \nune fa\u00e7on d\u2019\u00eatre, profond\u00e9ment ancr\u00e9e, prend du temps et je cherche dans\n les lectures \u2013 d\u2019auteures uniquement \u2013 des \u00e9tayages assez puissants \npour ne pas retomber dans mes travers. Mes garde-fous aujourd\u2019hui \ns\u2019appellent Mona Chollet, Virginie Despentes, Lauren Bastide, Ana\u00efs Nin,\n Manon Garcia, Simone de Beauvoir ou encore Mai Hua. Je compte aussi sur\n mes amies pour mettre en perspective des comportements r\u00e9flexes et en \nadopter des choisis. Tout \u00e7a dans un but de relation apais\u00e9e avec moi \navant tout et puis par ricochet, avec les hommes. Savoir qui je suis et \nce que je veux profond\u00e9ment, me choisir avant tout, pour, entre autres, \n\u00e9viter de faire porter la responsabilit\u00e9 de ma soumission \u00e0 celui qui ne\n m\u2019a jamais demand\u00e9 de lui \u00eatre soumise, qu\u2019il soit mon fils, mon p\u00e8re, \nmon conjoint ou tout autre homme de mon entourage.\n\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Toute personne de sexe f\u00e9minin na\u00eet dans un monde dans lequel cela signifie d\u00e9j\u00e0 quelque chose d\u2019\u00eatre une femme.\u00a0\u00bb J&rsquo;\u00e9tais plong\u00e9e dans la lecture du livre de la philosophe Manon Garcia, On ne na\u00eet pas soumise, on le devient et cette phrase m\u2019a coup\u00e9 le souffle. Elle parachevait l\u2019\u00e9mergence d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 qui sonnait \u00e0 ma porte plusieurs mois\u00a0: j\u2019avais int\u00e9rioris\u00e9 la soumission comme \u00e9l\u00e9ment constitutif de ma f\u00e9minit\u00e9 et je m\u2019y conformais depuis des ann\u00e9es sans le voir. Malgr\u00e9 mes \u00e9tudes, malgr\u00e9 mes lectures, malgr\u00e9 mes col\u00e8res, malgr\u00e9 mon \u00e9ducation, malgr\u00e9 ma vigilance, mes actes quotidiens entraient en contradiction totale avec l\u2019id\u00e9e que je me faisais de moi en tant que femme \u2013 libre, ind\u00e9pendante, insoumise et f\u00e9ministe &#8211; \u00a0et je me mentais avec une facilit\u00e9 d\u00e9concertante sur la r\u00e9alit\u00e9 de ma situation. J\u2019ai depuis entrepris de relever les preuves de mon mensonge&nbsp;: Revendiquer \u00e0 qui veut l\u2019entendre mon incomp\u00e9tence en cuisine. 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Le pauvre, en tant qu\u2019homme, il ne pouvait pas en comprendre une ligne et puis, il avait mieux \u00e0 faire, des choses importantes, et il travaillait tellement\u2026\u00a0; Prendre en charge l\u2019aspect social du couple\u00a0: souhaiter les anniversaires \u00e0 chacun des membres de ma belle-famille en nos deux noms, \u00e0 No\u00ebl courir les boutiques pour faire les cadeaux de chacun, y compris du fr\u00e8re de mon conjoint, de sa femme et de leurs enfants, r\u00e9pondre aux coups de fil lorsqu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas d\u2019humeur et \u00eatre l\u2019interm\u00e9diaire quand il avait un message \u00e0 passer \u00e0 sa famille et vice-versa\u00a0; Prendre et assurer tous les rendez-vous m\u00e9dicaux de notre fils depuis sa naissance, faire les d\u00e9marches pour trouver une nounou, seule, et chaque mois, lui d\u00e9clarer et lui verser son salaire. Idem ensuite pour l\u2019\u00e9cole : g\u00e9rer l\u2019inscription et tout l\u2019administratif r\u00e9current (cantine et garderie). Veiller \u00e0 ce que sa garde-robe soit toujours \u00e0 jour (v\u00eatements de saison, \u00e0 sa taille et en bon \u00e9tat) quand son p\u00e8re lui ach\u00e8te de temps en temps un accessoire (casquette, chaussures etc) par plaisir et non par n\u00e9cessit\u00e9. Assurer quotidiennement seule \u2013 ou presque &#8211; \u00a0tout ce qui rel\u00e8ve du soin \u00e0 un nourrisson (bain, nourriture, change, coucher) quand son p\u00e8re faisait quelques apparitions remarquables pour les jeux et le faire rire. Voir les autres s\u2019\u00e9mouvoir de son r\u00f4le de p\u00e8re et ne pas entendre un seul mot sur le mien. Comme si cette r\u00e9partition in\u00e9gale allait de soi.\u00a0 Me sentir invisible. Etre le r\u00e9f\u00e9rent principal de notre fils \u00ab\u00a0par d\u00e9faut\u00a0\u00bb (je p\u00e8se mes mots quant au choix de cette locution). 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Et moi, \u00e0 ces mots, tenir, ne rien dire, rester debout malgr\u00e9 tout et sentir mon c\u0153ur se dissoudre et la culpabilit\u00e9 m\u2019\u00e9craser. Pendant les trois premi\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, son p\u00e8re, accapar\u00e9 par son entreprise et pour d\u2019autres raisons encore, partait tr\u00e8s t\u00f4t, rentrait tr\u00e8s tard et s\u2019isolait beaucoup. Tout le monde le savait. Personne ne lui en a jamais fait le moindre reproche, au contraire, on le plaignait avec force ; Le matin, me questionner sur la longueur de ma robe, les commentaires et les regards qu\u2019elle pourrait susciter. Changer plusieurs fois de v\u00eatements, ne plus m\u2019habiller pour moi mais en fonction du regard des autres. Savoir, d\u00e8s l\u2019adolescence, que mon corps n\u2019est pas un corps v\u00e9cu pour moi, comme dit Manon Garcia, mais un corps social, un interm\u00e9diaire entre moi et les autres et dont on me d\u00e9poss\u00e8de \u00e0 chaque fois qu\u2019on le juge sur ses manques ou ses exc\u00e8s (de poids, de maquillage, de formes, de v\u00eatements etc) ; Rougir encore, \u00e0 33 ans. Je ne me souviens pas avoir vu un homme (adulte) rougir par g\u00eane ou honte. Me taire ou rire aux blagues sexistes. Sourire et afficher une humeur constante, quoi qu\u2019il arrive. Contenir mes col\u00e8res. Un homme en col\u00e8re, c\u2019est quelqu\u2019un de conviction. Une femme en col\u00e8re, c\u2019est une hyst\u00e9rique qui ne contr\u00f4le pas ses \u00e9motions. Renoncer \u00e0 partir seule, ne serait-ce que marcher en for\u00eat, par appr\u00e9hension du danger, par crainte d\u2019\u00eatre une proie. Avoir si bien int\u00e9gr\u00e9 le sens du sacrifice, de la quasi-d\u00e9votion \u00e0 un homme, que j\u2019ai \u0153uvr\u00e9 \u00e0 son salut pendant trois ans en oubliant le mien et tout \u00e7a, sans qu\u2019il ne me le demande explicitement. Jamais. D\u2019ailleurs, personne ne m\u2019a jamais demand\u00e9 de prendre en charge la plupart des points de cette liste. Je l\u2019ai fait, spontan\u00e9ment, comme j\u2019avais vu le faire d\u2019autres femmes avant moi. Je m\u2019y suis soumise, sans questionner, sans remettre en cause une sorte d\u2019ordre \u00e9tabli. Et la liste pourrait \u00eatre encore longue. D\u00e9construire une fa\u00e7on d\u2019\u00eatre, profond\u00e9ment ancr\u00e9e, prend du temps et je cherche dans les lectures \u2013 d\u2019auteures uniquement \u2013 des \u00e9tayages assez puissants pour ne pas retomber dans mes travers. Mes garde-fous aujourd\u2019hui s\u2019appellent Mona Chollet, Virginie Despentes, Lauren Bastide, Ana\u00efs Nin, Manon Garcia, Simone de Beauvoir ou encore Mai Hua. Je compte aussi sur mes amies pour mettre en perspective des comportements r\u00e9flexes et en adopter des choisis. Tout \u00e7a dans un but de relation apais\u00e9e avec moi avant tout et puis par ricochet, avec les hommes. Savoir qui je suis et ce que je veux profond\u00e9ment, me choisir avant tout, pour, entre autres, \u00e9viter de faire porter la responsabilit\u00e9 de ma soumission \u00e0 celui qui ne m\u2019a jamais demand\u00e9 de lui \u00eatre soumise, qu\u2019il soit mon fils, mon p\u00e8re, mon conjoint ou tout autre homme de mon entourage.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/etatsdefames.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22"}],"collection":[{"href":"https:\/\/etatsdefames.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/etatsdefames.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/etatsdefames.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/etatsdefames.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=22"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/etatsdefames.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":114,"href":"https:\/\/etatsdefames.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22\/revisions\/114"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/etatsdefames.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/etatsdefames.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/etatsdefames.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}